mercredi 1 juin 2011

Deux témoins disculpent Yvan Colonna dans l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella


Ar Press News


Paul Donzella, 54 ans, n’est pas du genre à tergiverser. Il parle dans une langue qu’on croirait écrite par Michel Audiard. Cet homme de 54 ans à la chevelure blanche est restaurateur à Cargèse (Corse du sud), le village de la famille Colonna qu’il connaît depuis toujours. Le voilà, qui plante sa silhouette massive, mercredi 1er juin face à la cour d’assises de Paris où Yvan Colonna comparaît pour l’assassinat du préfet Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio et l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse du sud) le 6 septembre 1997.
En janvier 2005, M. Donzella a déclaré aux policiers, puis au juge Gilbert Thiel, que le 6 septembre 1997 entre 22 heures et 23 heures 15, Yvan Colonna mangeait dans son restaurant. Quoique tardif, ce témoignage est capital dans l’affaire qui concerne l’attaque de la gendarmerie. Si ces déclarations de M. Donzella sont exactes, Yvan Colonna ne peut pas avoir participé à l’opération de Pietrosella, au cours de laquelle l’arme qui servira à tuer le préfet Erignac cinq mois plus tard a été dérobée. Cette attaque s’est déroulé aux alentours d’une heure dans la nuit du 6 au 7 septembre et il est physiquement impossible d’être à Pietrosella à une heure si l’on a été vu à Cargèse à 23 heures 15. Il faut au minimum une heure et demi pour effectuer le trajet entre ces deux localités.
Aussi, Paul Donzella sait l’importance de son témoignage. « Je m’en souviens très bien, dit-il, parce que Cargèse est un petit village où tous le monde se connaît. Le lendemain j’ai appris l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Et ce soir là Yvan Colonna était le seul nationaliste dans le restaurant. » Et lorsque l’avocat général Alexandre Plantevin remarque qu’il lui a fallu « sept ans pour s’en souvenir », M. Donzella se fâche : « Là vous êtes en train de me donner une leçon de morale. »
Au président de la cour Hervé Stephan qui lui demande pourquoi il n’a pas fait mentionner sur le procès verbal que son audition à la gendarmerie de Cargèse le 18 janvier 2005, avec le commandant de la DNAT Georges Lebbos, a été houleuse, il répond : « Je vends des entrecôtes, je fais pas des procès verbaux. » Et lorsqu’il raconte que le même Lebbos lui a empêché d’aller chercher ses lunettes, préférant lui prêter les siennes afin de relire sa déposition, il a ce mot : « Lebbos a l’œil gauche très faible. J’ai relu ma déposition d’un œil. » Et si le président insiste, la répartie fuse : « je suis pas là pour faire un procès antiterroriste. Je suis restaurateur. »
Alors M. Donzella a-t-il fourni un faux alibi pour disculper Yvan Colonna dans l’attaque de la gendarmerie, comme l’accusation le sous-entend ? Sûrement pas, proteste-t-il. « J’en ai pas fait état plus tôt parce que j’avais rien à dire. »
Juste avant son témoignage, la cour a entendu celui de Sylvie Cortesi, 42 ans. Elle aussi, assure que le 6 septembre 1997 en début de soirée Yvan Colonna était à Cargèse. Son fils et le sien jouaient sur la place du village, tandis qu’elle et l’accusé bavardaient ensemble. « Je suis sûre et certaine qu’il était sur la place ce soir-là » a-t-elle répété.
Week end de l’Ascension oblige, l’audience s’interrompt pour quatre jours. Elle reprendra lundi 6 juin. Ce jour-là, la cour se déplace à Ajaccio avec l’accusé, en présence des experts balistiques, d’un médecin légiste et de Pierre Alessandri, le seul condamné qui a accepté de fournir quelques indications sur le déroulement des faits.







La source : lemonde.fr

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